18 June 2024
Opinion

“Ayons les à l’œil…” le journaliste Deo Gratias Kindoho face aux apôtres du 3è mandat

  • 27 mars 2023
  • 6 min read
“Ayons les à l’œil…” le journaliste Deo Gratias Kindoho face aux apôtres du 3è mandat

La question d’un troisième mandat pour Patrice Talon, agitée dans l’opinion publique ces derniers temps, continue d’alimenter l’actualité. Comme à son habitude sur les sujets d’intérêt national, le journaliste Deo Gratias Kindoho s’est fendu d’une chronique, publiée sur son blog, pour donner sa lecture de ces appels à Patrice Talon à “s’offrir plus que les dix ans constitutionnels à la tête du Bénin”. A ses compatriotes , l’ancien rédacteur en chef de la rédaction du journal parlé de la radiodiffusion de service publique a une recommandation contre les “promoteurs de cette absurdité” : “Ayons les à l’œil…”

Lire ci-dessous l’intégralité de sa chronique intitulée “La griotite aiguë”

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L’exhortation à briguer un troisième mandat adressée à Patrice Talon par des sous-fifres de son régime ne s’estompe pas. Pour l’instant, elle reste à l’étape de petites crises délirantes qui déroutent épisodiquement les neurones des promoteurs de cette absurdité. Mais tout n’est pas que délire dans leurs petites crises et le porte-parole du gouvernement a beau jurer que le Président de la République n’a aucune intention de faire un troisième mandat, ses assurances ne valent que ce que vaut leur crédibilité au ras des pâquerettes.

Celui par qui le sujet est revenu dans l’actualité nationale est un coutumier des déclarations oiseuses. Parfois, elles sont frappées d’une certaine gravité, à son propre insu. Il semble que tout ce qu’il cherche et qu’il ne trouve pas, c’est un peu d’attention de la part du président-dieu. Il s’appelle Jacques Migan, Avocat de profession et politicien par défaut. On l’a entendu récemment asséner que le peuple souhaite un troisième mandat de Patrice Talon. Comment le sait-il? Il aurait pris l’habitude de traîner ça et là dans le pays et d’entendre la population lui dire sa grosse envie de voir l’actuel locataire de la Marina y rester au-delà de 2026. Un apprenti sondeur dans ses œuvres! Même s’il reconnaît qu’à moins d’être revisée à nouveau, la Constitution béninoise rend un tel scénario impossible, il n’ignore pas que la révision de la Constitution avant la prochaine présidentielle est un scénario plausible pour le système en place. Il fera partie des griots qui prêcheront l’initiative si elle est décidée.
Ses oreilles ont sans doute beaucoup sifflé ces jours-ci. Son nom circulait d’un concitoyen à un autre à mesure qu’en indigne son rapportage sur le désir de troisième mandat qu’il aurait recueilli auprès du peuple. L’indignation a été portée jusque devant la Cour Constitutionnelle afin que celle-ci constate l’écart de langage de Jacques Migan et le rappelle à la loi fondamentale. Le verdict de l’Institution est attendu pour peu qu’elle ne se déclare pas incompétente.

Jacques Migan en a pris pour son impudence mais gardons à l’esprit qu’il n’est pas le premier et donc pas le seul qui évoque publiquement, avec un enthousiasme contenu, la possibilité pour le président de la République de s’offrir plus que les dix ans constitutionnels à la tête du Bénin. Bertin Koovi, pour ne citer que lui, embouche la même trompette depuis mars 2021 après qu’il a débarqué à Cotonou, à l’étonnement général.
Autrefois virulent opposant à Patrice Talon qu’il vitriolait régulièrement sur les réseaux sociaux depuis la Guinée Équatoriale où il résidait, Bertin Koovi avait fini par être interpellé sur plaintes des autorités béninoises et déposé en prison en avril 2019. Un mandat d’arrêt international a été délivré à son encontre, dans la foulée, pour incitation à la haine et à la violence. Il est resté sans suite.
Relâché de sa geôle équato-guinéenne après quelques mois, M. Koovi court trouver refuge en Amérique du Sud. Puis, du jour au lendemain, tourne casaque et se mue en pathétique laudateur de la talonie. Son allégeance subite au président-dieu met fin à son exil. Il rentre au pays à la veille de la présidentielle d’avril 2021 sans être inquiété. Il se pavane même, nargue, est reçu deux fois en une semaine par le Chef de l’État et bat campagne pour sa tristement mémorable réélection. Le mois suivant, un juge prononce un non-lieu à son bénéfice. La preuve de l’infraction mise à sa charge – incitation à la haine et à la violence – ne serait pas établie. Dossier clos. Il faudra attendre l’annonce des élections législatives de janvier 2023 pour le revoir sur scène, actif. Il s’était fait entre-temps encarter chez l’un des deux partis siamois du président-dieu. En septembre 2022, il réitère que Patrice Talon mérite un troisième mandat. C’est son credo.

Si nous étions dans un État sain, ces genres d’errance seraient réprimés avec intransigeance. Au Niger, deux acteurs de la Société civile avaient appelé en mai 2018 le président Mahamadou Issoufou à enjamber la Constitution nigérienne et à rempiler une deuxième fois. Ils furent inculpés et placés sous mandat de dépôt. Chef d’accusation : complot pour détruire ou changer le régime constitutionnel. Ils seront reconnus coupables à l’issue de leur procès et condamnés à un an de prison ferme. Mais nous ne sommes pas au Niger.
Ici, c’est le Bénin. Le Bénin de Patrice Talon. On peut souhaiter bruyamment et sans crainte qu’il fasse un troisième mandat. Ce qui est passible d’emprisonnement ferme, c’est oser lui rappeler que le mandat présidentiel est de cinq ans et qu’il doit s’y tenir.

Ayons les à l’œil, qu’il s’agisse des apôtres du troisième mandat ou des apologistes de la révision de la Constitution. Car l’idée de faire passer le mandat présidentiel à sept ans dans la loi fondamentale revient aussi en force. Comme par hasard !

Deo Gratias Kindoho

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